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Le réveillon chez Marcel…… plus jamais.

Le réveillon chez Marcel…… plus jamais.

Désireux de faire rentrer de la recette, Marcel nous a annoncé en début de mois qu’il organisait un grand diner-spectacle pour le réveillon de Noël, avec cadeaux pour tous les invités ; 50 euros par tête.

Moi, méfiant, j’ai décliné, mais promis de passer pour le café de fin de repas ; judicieuse décision…Enfin, pas tant que ça.

A 00h30, arrivé devant le rade : des guirlandes clignotantes partout, et un gros père Noël gonflable qui fait « ho,ho, hoooo » à droite de la porte ; la classe….. collé en plein milieu de la vitrine, le

menu :
GRAND REVEILLON DE NOËL
Amuses gueules d’hiver et variés ( saucisson, pâté de campagne, chips)
Suprême de porc et ses lardons sur lit de patates en robe des champs
Salade du chef
Fromage ou dessert
Vin à volonté : blanc et rouge, Cabernet 2016.
Café arrosé
A minuit, distribution de cadeau aux participants

A l’intérieur, un boucan d’enfer qui s’entend de la rue, mais pas vraiment festif, le vacarme, plutôt style bagarre générale ; je rentre dans le rade en plein boxon.

Le juke-box hurle « Petit papa Noël » de Tino Rossi à plein poumons ; les chaises et les bouteilles volent à travers la salle ; les clients affolés s’abritent sous les tables, Jérôme, l’écolo, étreint le sapin pour le protéger, Marie-Thérèse s’est retranchée dans sa cabine téléphonique en hurlant comme une sirène, Raymond, le docker, et Marcel, tapent à tour de bras sur tout ce qui se présente devant eux : la fin du monde, version prolo-alcoolique.

J’ai fait la seule chose possible ; je me suis faufilé dans la cuisine et j’ai coupé le jus. Nuit totale, percée en alternance par les guirlandes publiques de la rue, silence soudain, ponctué de gémissements de douleur, et le hululement de Marie-Thérèse stoppé net……Et la Marie-Thérèse qui se met à hurler :

« Bordel, Marcel ! t’as encore oublié de payer l’EDF !
-ta gueule, morue ! je leur dois rien, qui a coupé le jus ?????

Courageux sans être téméraire, je me faufile vers les WC, à l’opposé de la cuisine, style :
 » j’arrive, suis au courant de rien  »

Raymond fonce au compteur; le sapin reclignotte, Tino recommence à chanter, les néons se rallument, éclairant le champ de bataille. Quelques convives se relèvent et se regardent en silence….

Moi, ingénu : « Bonsoir, joyeux Noël ! belle ambiance, Marcel !

-Ah, t’arrives bien, toi ! nan mais regarde ce foutoir ! fais du bien à Bertrand, il te le rend en caguant ! Bande d’ingrats ! Je leur organise un réveillon grande classe et ils couinent et veulent que je leur rende leur pognon ? Que dalle ! «

Rapide coup d’œil sur la salle

6 tables dévastées, une trentaine de convives terrorisés, et devant le comptoir, la table d’honneur ou trône le boss Marcel entouré de ses habitués, avec une chaise libre à sa droite, pour ceux qui veulent se faire prendre en photo avec Marcel, façon croisière ; en fait, personne n’a le choix : c’est la photo ou la porte.

Je ramasse une ventouse en caoutchouc rose, neuve, avec le code barre du super-marché sur le manche ; sous mes pieds, les restes d’une boule qui fait de la neige, avec le Mont St Michel ; sur le comptoir un sèche-vaisselle en plastique bleu en partie emballé dans un beau papier cadeau bardé de scotch ; partout des bouts de verres publicitaires. Pernod rivalise avec Ricard.
…. ??????

-Té, regarde ce qu’ils ont fait des cadeaux gracieusement offerts ! bande d’ingrats ! pécores ! morts de faim ! sous-merdes dégénérées, baises-menu !!!!!!!

Une couple de vioques se rhabille en hâte, pendant que la majorité des clients se débine en profitant de l’accalmie ; mais le mari, sûrement un ancien gendarme, laisse éclater sa rancœur :

-Escroc, voleur, gargotier de merde ! on a payé 50 euros par tête pour bouffer du pâté de chez Auchan, un ragoût de porc aux patates bouillies, de la salade pas fraîche ; on a raqué un supplément pour un morceau de camembert, et une pomme en dessert !!!! Et le pinard ! parlons-en du pinard ! du vinaigre de chez Margnat en bouteilles plastique de 2 litres ! c’est ça le réveillon classe ?

La femme du gendarme en rajoute une couche, avec cette petite pointe d’humour léger chère aux femmes de gendarmes :
-Et il nous traite de baise-menu, après nous avoir baisés sur le menu ? …. Et parlons du spectacle, tiens, du french cancan, qu’il annonçait ! En fait, une grosse truie qui se dandinait sur le comptoir en montrant sa culotte !!!

Hurlement de rage du côté de la cabine téléphonique

…silence de mort… je m’en doutais ; la danseuse de french-cancan, c’était Marie-Thérèse ; c’est son rêve depuis toujours, les Folies-Bergères, à la grosse.

Faut reconnaitre qu’elle a mis le paquet pour la circonstance, la pucelle quinquagénaire ; elle a l’adiposité affriolante, ce soir ; un chemisier transparent qui laisse déborder ses mamelles généreuses, une jupe à volants fleurie qui lui arrive aux genoux , une ceinture en simili-cuir blanche qui lui fait un gros bourrelet aux hanches, des bas opaques tenus aux cuisses par deux élastiques rouges, ces bons vieux élastiques dont elle se sert pour stériliser les bocaux de conserve, des chaussures rouges à talon….le haut vaut le détour : rouge à lèvres façon radasse, bien épais, bleu électrique aux paupières, cheveux lavés et coiffés, style collégienne romantique, boucles d’oreille marquise, 1 kilo la paire, qui lui descendent jusqu’au cou…. Elle se voulait folie-Bergère, on la retrouve folie-Porchère ; on peut comprendre une légère déception du public……

Et tous cas, Marie-Thérèse n’a pas apprécié la remarque de la dame ; elle se précipite en hurlant que ce n’est pas une vielle salope siliconée qui va lui apprendre la danse, et qu’elle va lui en mettre une, de danse ; le gendarme se met en travers ; c’est une manie, chez les gendarmes, de se mettre en travers ; tiens, même sur les routes… il se poste donc devant sa femme qui commence à glapir à l’agression crapuleuse ; autant essayer d‘arrêter la charge d’un taureau dans une arène ; les voilà tous les trois se vautrant dans les débris ; ça hurle, ça gémit, ça insulte.

N’écoutant que l’esprit de corps, Raymond, le docker, bien abîmé par le Margnat 13°, empoigne le retraité et le jette à la rue ; une minute plus tard, sa bourgeoise atterrit à côté de lui, dans le caniveau, en hurlant comme un goret, non sans avoir pris un coup de pied vicieux dans les côtes de Marie-Thérèse.

Chez Marcel, le grand calme après l’ouragan

Tino a fini de chanter, les clients se sont tous enfuis ; les habitués se regroupent au comptoir ; tournée générale de Marcel, avec les restes de pinard glanés sur les tables désertées.

Marie-Thérèse glousse comme une dinde en félicitant Raymond pour sa galantise, Jérôme raccroche les boules au sapin en plastique ; Eugène s’est endormi sur sa table ; une soirée tranquille chez Marcel, quoi……

Dix minutes plus tard, les flics sont arrivés, guidés par le gendarme retraité et sa glapisseuse ; on a tous fini en garde-à-vue ; tapage nocturne, coups et blessures, escroquerie ; putain, on a intérêt à trouver un avocat vite-fait. Tout ça pour un café……Tu fais chier avec tes plans à la con, Marcel !

-Qué plans à la con ??? ; recette de la soirée : 1700 euros, dépenses bouffe, pinards et cadeaux : 128 euros ; Qué plan à la con, hein ? Tu viens pour le repas de la Saint-Sylvestre ?

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