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Nos vieux rades à l’agonie

Nos vieux rades à l’agonie

NOS VIEUX RADES A L’AGONIE……

Voilà un autre changement dur à supporter ; la disparition de nos cafés du Commerce, dont le nombre a été divisé par 10 en 30 ans.
A qui la faute ?

-d’abord parce que les centre-villes, centre-bourgs meurent ; leurs commerces ferment, et les Français vont s’entasser dans les grandes surfaces, ou l’on trouve même quelquefois des troquets : froids, impersonnels, anonymes ; à te faire avaler ton café de travers. Le patron t’y regarde d’un œil glauque, attendant que tu boives vite, que tu paies vite, que tu te casses vite, pour laisser la place au suivant.

-le petit troquet qui te faisait une bouffe familiale le midi ou le soir ? enterré sous les nouvelles normes d’hygiène à la con, pondues par des fonctionnaires désireux de prouver leur utilité, et de justifier leur salaire, aux contribuables.

-les charges sociales : quand tu débites uniquement des petits noirs, de la limonade et de la bière, payer ton loyer, tes charges, la TVA et le reste, et en vivre, relève de l’exploit.

Alors tu trouves quelques sociologues à la mords-moi-le-nœud pour t’expliquer que le rade du coin doit se moderniser, faire plus djeune, pour attirer le bobo financièrement à l’aise, proposer des vins nouveaux, In, si possible des merdes produites à l’étranger, avec des étiquettes fluos qui tiennent plus de l’art moderne que du symbole du bien –vivre.

Moi, les rades que je fréquente, ils ont ce petit air désuet des années 70

Cette odeur de vieux meubles, quelques ampoules grillées, un percolateur qui imite les avions au décollage : les clients se connaissent, s’y reconnaissent, tapent la belote, refont le monde devant un verre de rosé, mâtent un match devant une vielle télé posée sur une étagère, dans un coin, alors qu’ils ont un écran plat XXL à la maison.

Moi, les cafetiers que je connais n’ont pas toujours les ongles propres, ne sont pas rasés de frais, sentent parfois l’eau de Cologne bon marché, ont un avis sur tout : la politique, l’économie, le fait divers du coin.

Moi, quand je vois des vieux survivants comme les flippers, les babyfoots, j’ai l’âme en goguette : et que dire de ces antiques juke-boxes ou l’on passait nos quelques francs pour écouter LA chanson qui nous prenait aux tripes ?

Quand je vais déjeuner dans un rade, je choisi le plat du jour, cuisiné mieux qu’à la maison, copieux, traditionnel ; je kiffe le foie persillé, l’aïoli, la hampe de bœuf, les pieds paquets, le steak-frites.

La nouvelle cuisine, synonyme d’assiettes désespérément vides

Au point qu’on t’y colle une déco sortie d’un tube pour remplir le vide, de chaque côté d’une tranche squelettique, cuite « à point » pour ne pas écœurer l’employée maquillée, le bobo costumé qui défaillent à la vue d’un steak saignant ; cette nouvelle cuisine n’a de cuisine que le nom.

Ces nouveaux restos branchés, aux décors modernes sans âme, sans histoire, éclairés ad giorno, au point que tu peux compter les boutons d’acné de tes voisins, me désespèrent ; ils me coupent l’appétit; ils me coupent tous les appétits, même celui de discuter avec mon voisin de table .

L’assiette devient symbole de calories, de kilos à perdre. On n’y mange pas, on y chipote.
Qui n’a pas salivé, en rentrant dans un routier, ou les tables sont encore garnies de nappes à carreaux ? ou la patronne s’appelle Lucette ? ou l’on sent les odeurs de cuisine dès qu’on passe la porte ?

Il ‘y aura bientôt plus de ces vieux troquets ; les Marcel vont disparaitre, les rades vont fermer.

Alors, ce sera le vrai désert. On va laisser un vrai monde merdique à nos enfants ; uniformisé, déshumanisé, homogénéisé, sans microbes ; parce que même les microbes seront morts.

Marcel, tiens bien la rampe ! Economise-toi ! tu es un des derniers dinosaures.

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A propos de Marie Thérèse Concierge

Marie Thérèse Concierge
Marie Thérèse est la Concierge d'un immeuble crasseux à deux pas du rade. Chaque jour elle vient boire son p'tit blanc. 63 ans, toujours pucelle, concierge. Elle a quitté le sud pour rejoindre Marcel, son amour de jeunesse. Sans espoir; Marcel s' en fout, mais ne le dit pas. Marie-Thérèse à la beigne facile et des bras comme des jambons.

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