Flashs Infos du RADE
Merci la préfecture

Merci la préfecture

Samedi, à 08h, on est tous accoudés au comptoir, chez Marcel ; ambiance morose

Marcel s’est choppé 1 semaine de fermeture sur décision préfectorale, à cause du bordel réveillonnesque de la soirée de Noël.

Lui qui comptait refaire le coup de l’escroquerie au grand diner-spectacle, c’est un peu mort, le projet. En plus, il lui manque la meneuse de revue, Marie-Thérèse, partie mardi pour 6 jours à Perpignan pour un séjour « thalasso-thérapie » ; 4 jours all inclusive achetés 99 euros chez Groupon.

Oui, je sais, partie 6 jours, mais partie avec Bla-Bla-car, pour limiter les frais annexes ; 180 kms aller, 180 retour ; à l’aller, elle est tombée sur un black qui roulait à 70 sur l’ A 9 ; et comme il voulait remplir sa camionnette, il s’arrêtait à toutes les sorties d’autoroute et négociait avec les auto-stoppeurs rencontrés; comme elle nous l’a raconté au téléphone – en plus, la grosse vache a appelé en PCV- elle a commencé sa cure minceur plus tôt que prévu ; à 12 dans un minibus Toyota prévu pour 9 asiatiques, tu mouilles un peu sous les aisselles ; et Marie-Thérèse, c’est l’équivalent de 3 chinoises standard ; tu rajoutes 3 mamas africaines en boubou……tout le rade était mort de rire en pensant à ses voisins de voyage, incrustés dans les banquettes.

En plus, elle s’est gelé les miches, le chauffeur black a roulé toutes vitres ouvertes à cause des odeurs de transpiration qui le dérangeaient…un comble ; et comme dit finement Marcel, une caisse pilotée par un Sénégalais qui fait taxi au noir, c’est normal que le truc s’appelle black-black-car.

Partie le matin à 8h ; enfin, elle était à 8 h à la sortie d’autoroute, Mamadou s’est pointé à 9h40 ; arrivée au centre balnéo à 17h, dans un bled au nom imprononçable près de Perpignan, mais en bord de mer ; le chic !

Bon, elle rentre demain ; on a hâte d’écouter son récit de voyage…..

En attendant, histoire de stopper la déprime ambiante, Marcel a décidé d’organiser un repas clandestin dans le rade, tous volets fermés.

Devant notre méfiance affichée, il a ajouté : « à prix coûtant » ; à 9 h, on embarque tous dans le tube Citröen ; Marcel au volant, Léon et moi à côté, Jérôme et Eugène derrière. Direction, les courses.

D’abord à la maison de la presse, chez Romain, pour faire le loto du 31 ; le billet à la main, on fait la queue, en attendant de se faire baiser comme les autres ; devant nous, un retraité, bien sous tous rapports, qui demande des photocopies ; je me dis que ça va contrarier ; ça a pas loupé.
Marcel :

» Le con de Manon, t’as des vieux qu’ont rien à foutre de la journée mais qui viennent faire chier l’honnête travailleur à 9h du matin, un 31 décembre ; il peut pas les faire lundi, ses photocopies, le pensionné ? il va aller à la sécu pendant le week-end du 31 ?

-mais j’étais là avant vous, monsieur ! moi aussi, j’ai attendu mon tour !

-Eh ben ton tour, tu l’attendras lundi, dégage avec tes bulletins !

Silence gêné dans la boutique ; chacun se plonge dans la lecture de son journal ou l’étude approfondie du brillant de ses pompes. Le vieux, sentant que 2016 risque de mal finir, et 2017 de pas commencer du tout, reprend ses papiers et sort pressement. Au moment ou Marcel va pour filer ses numéros, un petit bout de petite vieille se glisse devant lui ;

-excusez-moi, j’étais avant vous.

La revanche des vioques, la solidarité quatrièmâgique, la vengeance des arthritiques. T’en vires un, t’en as 3 qui viennent prendre leur temps pour agoniser dans ta file d’attente, juste devant toi.

Ecœurés, on s’est barré sans jouer au loto. D’ici que Marcel envoie Léon saccager une maison de retraite…….

Direction le traiteur du bled. Re-file d’attente : la traiteuse s’occupe enfin de nous, pendant que son traiteur tient la caisse ;

– Bonjour, je voudrais une dinde.
– -Ouiiiiiiii, vous avez commandé ?
– ??? qué, commandé ? faut prendre rendez-vous, maintenant, pour bouffer de la volaille ?
– Les dindes, c’est sur commande.
– Bon, donnez-moi deux gros poulets.
– -ouiiiiii , c’est à quel nom, la commande ?

Marcel est en train de virer au rouge brique, celui qui veut dire : « mode contrôle OFF, dégager le plus vite possible », mais il se maitrise encore un peu.

– Restons calme, y’a un truc qu’on peut acheter chez vous sans prendre rendez-vous ?
– Ouiiiii, du hachis-parmentier ou du gratin fait maison.

Finalement, Marcel prend 2 kilos de hachis-parmentier

Au moment de payer, re-re-file d’attente ; une vielle bourgeoise accompagnée de sa quinquagénaire de fille essaie les codes de sa CB. Une fois..faux…. deux fois…. « Oh, quelle gourde, j’ai fait ma date de naissance ! » troisième essai, avec un sourire d’excuse pour la file d’attente…. Faux ; la vielle alzheimerise à plein. Carte bloquée, nous aussi.
– Je peux vous faire un chèque ?
– Raaaaaahhhhh, j’vais m’la faire, j’vais m’la faire…….

Marcel est en surchauffe ; t’as l’impression de voir des bouffées de fumée lui sortir des naseaux. La fille de la vieille a senti le danger, elle sort son porte-feuille.ouf………..La voilà que se retourne vers nous avant de sortir, sourire gluant, regard papillonnant, bien empaquetée dans son tailleur gris façon « bourgeoise qui baise en vouvoyant, mais ne déteste pas s’encanailler en tutoyant l’installateur France-Télécom qui la trousse sur un coin de table » :
-excusez-noooooouuuus.

Marcel ne répond pas , mais pense très fort : « ta gueule, connasse, dégage de la porte avec ta momie, j’ai autre chose à foutre. » C’est un expressif, Marcel, tu lis tout sur son visage.
On a zappé les autres magasins : marre des queues, comme dirait Marie-Thérèse un soir de paie dans la fonction publique territoriale.

Donc, repas de la Saint Sylvestre chez Marcel : chips et hachis-parmentier, Margnat rouge-bouteille plastique ; musique en sourdine, volets fermés, enseigne éteinte : je suis rentré chez moi.
Cette année de merde s’est terminée comme elle a commencé……Nan, pire : y’avait Hollande au JT du soir.

 

 

Comments

comments

A propos de Pat'

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*