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Marcel et les clients du rade…. Eugène, dit Gégène

Marcel et les clients du rade…. Eugène, dit Gégène

Eugène, c’est un cas, un peu le vieux grand-père qu’on voudrait tous avoir eu : Allemand, 87 ans, trois chicots dans la bouche, accro au pastis comme Marie-Thérèse à la turlutte et Marcel au pognon.

Un rescapé de la dernière, dans les jeunesses combattantes, un survivant d’une bataille qui lui a laissé un souvenir inoubliable ; un coup de lance-flamme qui lui a cramé le haut de la tête à partir du front ; il en rit lui-même, de son crâne rose et boursouflé, heureux de s’en être sorti.

A la fin de la guerre, il a largué sa fermière de Gretta pour se maquer avec Yvette, couturière à Montbrison, une petite main qui l’avait secoué pendant l’occupation, dans son atelier, un soir de guinguette ; maigre comme un clou, mais cochonne comme Julie ; un must pour un Teuton habitué à la chemise de nuit à fleur et à la culotte coton. Du coup, il est rentré chez Renault, et il y est resté jusqu’à l’appel des murs ; à 50 ans, il s’est lancé dans la maçonnerie ; et y a appris les fondamentaux de la culture française ; après le gros rouge de chez Renault, le p’tit jaune de chez Bouigues.

A sa retraite, abandonné par sa bourgeoise qui s’est mise en tête qu’elle valait mieux que ça, bien que dotée d’une physique type camp de réfugiés et d’une intelligence en deça des minimums de survie sociale, il a échoué dans notre bled, et Marcel, englué dans son humanité, lui a loué une caravane désaffectée qu’il laissait pourrir au fond du terrain vague en face du rade, pour 300 euros symboliques le mois, électricité comprise ; comme la caravane ne dispose que d’une ampoule, pas de frigo, pas de télé, on peut pas dire que Marcel risque gros sur ce coup-là.

Le premier du mois, au matin, on voit arriver Gégène, dès qu’il a palpé sa pension ; et il ne décolle plus du comptoir, jusqu’au soir ; re-belotte le lendemain, et tous les jours jusqu’à épuisement de son pognon.

Mais Marcel est malin, il lui ponctionne d’office le loyer du mois, avant même le premier Ricard ; je dis Ricard à cause de mon nom ; pas envie d’être taxé de favoritisme, même si le pastis D.val est bien meilleur, et pas plus cher, et qu’ on en trouve de partout, et qu’il fait pas mal à la tête, lui, et qu’il est fait avec des produits naturels, lui.

Donc, Gégène carbure au jaune, raconte des histoires salaces à Marie-Thérèse qui glousse comme une dinde effarouchée alors qu’elle a le vécu d’une vieille maquerelle marseillaise.

Elle aime ça, au point que, de temps à autre, elle te soulage le Teuton dans la cabine téléphonique, à prix préférentiel ; elle appelle ça « ses bonnes œuvres ».

Comme elle bosse à prix sacrifié, elle active grave ; c’est carrément les olympiades du sexe tarifé ; et chaque fois, on entend le Gégène hurler : « ACHHHH !!! WIR HABEN ZEIT ! WIR HABEN ZEIT ****!! »

Mais Marie-Thérèse n’entrave que dalle au teuton, alors elle continue de plus belle, le Gégène glapit « Mein Gott !! mein Gott !!! », et puis plus rien, on retrouve les deux phacochères affalés sur le vieux fauteuil en cuir, Gégène en plein extase, congestionné façon cachalot échoué, et Marie-Thérèse à compter ses billets .

Et à 87 ans, ou le teuton se poivre à la poudre bleue, ou Marie-Thérèse est une vraie virtuose de la symphonie buccale, mais tant d’ardeur ébouriffe, non ?…..Les mauvaises langues prétendent qu’à son âge, Gégène n’éjacule plus, il sporule, il envoie de la paillette.. va savoir ; seule Marie-Thérèse pourrait répondre ou alors faut attendre qu’elle rote…..

La seule fois ou on a demandé au survivant de la cabine quelle était son secret, il a ricané et nous a sorti :

« z’est parze que ch’encule l’antropose !!! » Marie-Thérèse l’a mal pris ; en fait , elle l’a pris pour elle et lui collé un pain et le traitant de vieux salaud de sodomite germanophilisé ; on se demande encore ou elle a pêché cet adjectif improbable ; mais chez Marie-Thérèse, tout est improbable, même la féminité.

En tout cas, avec ces deux-là, la construction européenne est solide. Angela bisouille François, Marie-Thérèse turlutte Eugène ; c’est ça, la lutte des classes en Europe.

Un jour, les deux mômes d’Eugène sont venus le récupérer, pour faire cesser cette scandaleuse retraite.

Deux bobos, bien sous tous rapports, effarés devant la mine gourmande de Marie-Thérèse qui reluquait la braguette du vieux ; ils ont voulu le sortir de « ce bouge » ; c’est Raymond, le docker retraité, qui les a bougé ; on les a plus revus, et Gégène est toujours là, dans la vieille caravane au fond du terrain vague.

Et tous les soirs, quand Marcel le sort à la fermeture, il beugle : « WIR HABEN ZEIT !! WIR HABEN ZEIT ****!! »
et il rejoint son grabat en titubant; je le soupçonne d’avoir inventé l’expression:  » démarche chaloupée ». Il chaloupe grave, Gégène.

**** pour les copains qui ont séché les cours d’Allemand « on a le temps ! on a le temps ! »

Demain, Jérôme: prévenez vos copains écolos d’éviter la page…….

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